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Transmission d'entreprise : anticiper pour réussir

Céder ou reprendre une entreprise est loin d’être une sinécure. En cause ? La fiscalité et une insuffisante préparation en amont.

La transmission d’entreprise fait figure d’enjeu majeur dans la bataille pour l’emploi et pour le dynamisme du tissu des PME. D’après les estimations du gouvernement, 630.000 entreprises vont changer de mains dans les 10 prochaines. Selon la dernière étude publiée par l’Observatoire BPCE, la cession-transmission a concerné en 2012 15.142 entreprises soit une hausse de +14,2% en un an. Mieux, donc mais encore loin des enjeux. En cause ? Le flou fiscal introduit par la loi de Finances 2013

Une fiscalité qui fait peur

« 2013 a été une année horrible, marquée par un environnement très complexe pour les vendeurs non avertis et d’autant plus qu’une vente prend en moyenne plus de 18 mois… » , témoigne Patrick Féger, président d’Exco Nexiom. Aujourd’hui, la loi de finances 2014 a clarifié le régime de taxation des plus-values de cession avec des abattements bien établis. Reste que globalement, la fiscalité fait toujours peur aux cédants : « ils ne se préparent pas suffisamment en amont afin d’anticiper les conséquences fiscales très lourdes de la transmission, explique  Patrick Féger. Or, il existe des solutions pour l’alléger ou y échapper. Un de ces outils peut être de donner les titres à ses enfants. Ce sont eux qui pourront vendre, permettant ainsi de gommer les plus-values. C’est une piste d’exonération qui est très souvent oubliée. »

Rendre l'entreprise vendable

Actuellement, un tiers environ des opérations de transmission échoue. Car c’est un sujet complexe, comme le détaille Jean-Luc Scemama, expert-comptable, président du comité Transmission du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables : « La transmission nécessite bien évidemment des savoirs et compétences techniques, par exemple pour l’évaluation, l’optimisation fiscale. Mais c’est aussi un moment délicat durant lequel il ne faut pas occulter la psychologie. Il s’agit d’anticiper, car c’est la clé d’une transmission réussie. L’anticipation passe par exemple par l’organisation de l’entreprise, afin de la rendre « vendable » : bien souvent le dirigeant l’aura façonnée à son image. » L’idée étant ici de corriger les « moins-valeurs » de l’entreprise tout en menant en parallèle une réflexion patrimoniale.

En moyenne, il faudra entre 18 et 24 mois dans le meilleur des cas pour réussir une transmission. « Même lorsque l’anticipation est là du côté du cédant, il reste à trouver le repreneur, souligne Jean-Luc Scemama.  Encore faut-il ensuite que celui-ci trouve les financements, avant de rédiger le dossier de cession, réaliser le pré-audit, etc. Récemment, nous avons réussi la cession d’une entreprise à un repreneur belge dont la société proposait un produit complémentaire. Cette cession a été rendue possible par une longue préparation en amont, par exemple pour optimiser le BFR, faire en sorte que l’équipe en interne soit pérenne sans être trop centrée sur le dirigeant cédant. »

Savoir trouver les bons conseils

Pour réussir cette étape cruciale, des intervenants extérieurs pourront vous aider. « Les cabinets d’intermédiation interviennent sur des deal significatif, en général supérieur à 7-8 millions d’euros, précise Patrick Féger. Ceux-ci se chargent de la valorisation, du montage du dossier et de la recherche d’acquéreur. Sous la barre de 7 millions d ‘euros, les dirigeants peuvent faire appel à quelques petits cabinets et bien sûr aux experts-comptables. » Des interlocuteurs indispensables  pour aborder en toute sérénité cette étape cruciale de la vie d’une entreprise.

« Il y a une vingtaine d’années, les créateurs géraient toute leur vie leur entreprise, confie Jean-Luc Scemama. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’ils cherchent à la céder après 5 ou 10 ans. De plus, la croissance externe comme levier de développement est de plus en plus d’actualité. » Un enjeu, donc !

Source : Les Echos


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